Brasser sa bière, c’est rentable ?

Mercredi 17 février 2016, par Daniel // Le brassage amateur

Cette question nous est souvent posée lors de nos démonstrations publiques, et la réponse que nous donnons est presque toujours la même :
« Ce n’est pas notre objectif principal, nos motivations sont plutôt de faire les choses avec de bons ingrédients, simplement et sans artifices. Un peu comme la bonne cuisine que l’on fait à la maison… »

Tout ceci est vrai, et autant que je sache, les membres qui composent notre association sont tous arrivés là dans le but de pouvoir expérimenter et créer des bières à leur goût, qui ont un certain caractère, et qui sortent des sentiers battus par l’industrie.
Beaucoup d’entre eux s’expriment par ailleurs dans d’autres domaines du « fait maison », tels que le pain, les saucissons, la sauce tomate, le fromage, la pâte à pizza à la levure de bière et autres curiosités…
Tous ces joyeux bricoleurs passionnés savent que ces activités ne sont absolument pas « rentables », mais prennent un réel plaisir à les exercer et la plupart d’entre eux ne tient pas compte de l’aspect économique, préférant se concentrer sur le résultat obtenu.
Une philosophie tout à fait louable, reflétant assez bien dans l’esprit qui règne dans notre association.
En effet tout ceci est très beau, mais à un moment les chiffres nous rattrapent tout de même, et la petite histoire qui suit donne à réfléchir : 

_ Pour faire plaisir à un ami qui revenait d’un séjour aux Etats Unis, j’ai réalisé un brassin de 55l d’une bière qui était sensée lui rappeler son breuvage favori lors de ses vacances à Las Vegas.
La bière en question est une des plus célèbres et plus anciennes Craft Beer, brassée à Chico, Californie.
Les ingrédients ont été achetés chez un fournisseur en ligne, sous la forme d’un kit de malt appelé « SNPA », ce qui ne devrait plus laisser de doute sur sa source d’inspiration…

Le kit contient tous les ingrédients (mélange de malts, levure, houblons) ainsi qu’une fiche de brassage détaillée, et le schéma de houblonnage à respecter.
Le brassage se passe sans encombres, et après fermentation le tout est conditionné en soda-keg. Après une garde au froid, le jour de la dégustation est enfin arrivé et c’est l’heure du verdict.
Le commentaire de l’intéressé est sans équivoque : « Elle est excellente, hummm, comme là-bas ! »
Tout est bien et je suis heureux d’avoir pu faire plaisir, mais au fait, combien ça coûte ce petit délire ?
Eh bien au final ça ne coûte pas grand-chose, à condition de ne pas compter le temps de travail, le gaz, l’eau, les produits de nettoyage, l’amortissement de l’installation, etc, etc…
Un peu comme quand on cuisine, on ne tient pas (ou peu) compte des coûts annexes, en s’attardant plus sur la qualité des ingrédients par exemple.

On peut tout de même être tenté à un moment par un petit calcul, histoire de voir ce que peut valoir le travail qu’on a fourni.
Dans le cas de notre brassin, le résultat est assez édifiant et laisse perplexe :
- > Achat ingrédients (kits de malt) sur un site pour brasseurs amateurs : 60 €
- > Achat de 55l de la bière modèle en bouteilles sur un site spécialisé : 502 €
 ! ! ! ? !
Evidemment cette comparaison est trop simpliste, et l’on ne devrait pas opposer le prix d’achat d’un produit prêt à consommer à celui d’un produit « à faire », mais tout de même…

  • L’objectif de cette expérience n’était pas de copier une bière commerciale pour la produire moins cher, mais plus exactement de faire une bière selon un style connu, qui nous plaît, mais qui malheureusement n’est disponible qu’en boutique spécialisée. Les tarifs affichés pour cette bière sur notre continent en font presque un produit de luxe, ce qui ne correspond plus vraiment à sa valeur « réelle ». Cette Pale Ale reste de facture très classique, son côté plaisant venant essentiellement d’un houblonnage à l’américaine, d’où son caractère si particulier qui le différencie des productions traditionnelles d’ici.
  • Évidemment, le simple fait de transporter une bière d’un continent à l’autre implique des frais qui sont inévitablement répercutés au final. C’est aussi pour cette raison que les prix ne sont plus en adéquation avec le produit, ce qui peut motiver un brasseur amateur à se lancer dans le brassage d’un clone.
  • Il n’est pas très difficile à notre niveau de s’inspirer de différents styles plus ou moins exotiques, et de produire des bières qui nous plaisent à peu de frais. En général l’entreprise demande un peu de travail recherche en amont, mais dans le cas présent tout était déjà fait, et il suffisait de suivre les instructions indiquées dans le kit.

    Alors oui, pour conclure, vu de cette façon on peut dire que notre activité de brasseur amateur peut être très rentable et même si ce n’est pas l’objectif premier. Le fait de pouvoir déguster de bonnes bières sans se ruiner est un réel avantage, et il serait dommage de s’en priver.

Ne boudons donc pas notre plaisir, Santé !