Les tanks à lait

Vendredi 22 juillet 2016, par Xavier // Le brassage

Que ce soit à des fins d’agrandissement de votre brasserie, ou bien simplement à la création d’une nouvelle activité professionnelle, le problème des contenants dédiés au brassage s’impose à votre logique passionnelle : grandes casseroles, stérilisateurs... Le choix du matériel est aussi vaste que cornélien.
Dans des proportions plus importantes, la récupération de tank à lait est une solution courante dans les brasseries artisanales : en inox alimentaire, ronde et souvent abaissées, dotées parfois d’un mélangeur, l’idéal me direz-vous.
Mais quels sont les écueils à éviter pour cette entreprise peu commune ?

Ou trouver un tank à lait adapté ?
Cette phase doit débuter après une longue réflexion. Quels sont réellement mes besoins, quelle va être la taille de ma brasserie ? Le local disponible est la première contrainte, il est évident que vous devez en tenir compte pour déterminer le volume de vos brassins. Il va falloir de la place pour :

  • Le stockage de vos matières premières et de vos contenants (futs, bouteilles...)
  • Les cuves de fermentation
  • Un groupe froid (controle de la température des cuves de fermentation
  • Une pièce dite "chaude" pour la refermentation en bouteilles, ou en futs
  • Une embouteilleuse (à contre pression, ou gravitaire)
  • Une laveuse de futs, un CIP, une laveuse de bouteilles

Le dimensionnement est capital pour la bonne marche de votre future entreprise, et il est important de garder une certaine cohérence entre tous les élements de votre brasserie.

Comment transformer mon tank à lait en cuve matière ?

Le problème du groupe froid : si votre tank à lait est doté d’un groupe froid, il va falloir prendre quelques précautions afin de le désolidariser de la cuve, et seul un professionnel (frigoriste) du métier pourra oter à l’aide d’une pompe à vide, le gaz réfrigérant du circuit. Attention, beaucoup de circuits froids utilisent des gaz dangereux pour la couche d’ozone, donc méfiance !

1er problème réglé ! La suite !

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on vire la tôle !

Si vous chauffez votre cuve en mode direct (cuve sur bruleur), l’isolation du tank à lait doit être retirée... et c’est là tout le problème... Vous êtes partis pour 2 jours de travail...

En tout premier lieu, il faut oter la tole extérieure. La présence de rivets ou de vis au niveau du support du couvercle va nous aider. Le fait que cette tole soit coincée sous le bord du tank, nous oblige à forcer un petit peu, de toute façon vous ne vouliez pas vous resservir de cette tole....

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Soirée mousse en perspective

Et voici la mousse de polyuréthane ! Oh mince alors....
La cuve intérieure est recouverte d’environ 5 cm de mousse qu’il va falloir jeter.

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Travail ardu
C’est long, c’est pas facile... on en viendra à bout !

Le meilleur moyen que j’ai trouvé est de creuser des traits de découpe à l’aide de la spatule d’un outil multi fonctions (outil à base de vibrations), et ensuite de, patiemment, extraire des morceaux de mousse avec un pied de biche !

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Serpentin et mastic
Notez la pince monseigneur, utile pour le défoulement contre le serpentin récalcitrant !

Une fois toute la mousse dégagée, le serpentin de refroidissement fait son apparition... En général en cuivre, il ne vous posera pas de problème pour le retirer, mais ne comptez pas le récupérer ! En effet, il est collé à la cuve intérieure à l’aide d’un mastic noir, certainement dérivé du goudron. Il va donc falloir passer en force, et l’opération ne vous laissera que quelques kilos de morceaux de cuivre...

Le mastic !
Durci après des années caché sous la mousse, ce mastic/goudron partira lentemment à l’aide d’un décapeur thermique et d’une spatule métallique... je vous souhaite bon courage ! Ce n’est pas une mince affaire... Cette technique vous permettra d’oter le plus gros de la quantité de mastic, mais il restera des taches et quelques amas fins que la spatule ne réussira pas à déloger. Laissons notre cuve refroidir, et place à la ponceuse ! Un passage de ponceuse (papier grain 240) laissera une cuve propre et sans tache.

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Technique du feu
Nettoyage de la cuve au feu : bourrin, mais efficace ! (non, mais ne faites pas ça...)

Ces techniques permettent d’éviter la procédure dite ’ de la terre brulée’ qui consiste à poser la cuve sur un feu et attendre que le mastic brule, un peu rude tout de même, mais on peut comprendre....

La suite dépends de vous et de votre projet. Restent quelques détails à savoir, comme ça, juste pour vous prévenir :

  • Le fond de la cuve est bombé vers l’intérieur, tel un culot de bouteille.
  • Le fond de la cuve n’est pas plat, une pente existe afin de diriger tout le liquide contenu vers la sortie. Cette disposition arrangeante pour le moment de vidange de la cuve, est à prendre en compte lors de la fabrication d’un support. Cette épaisseur doit être compensée si vous recyclez le support original du tank à lait.
  • L’épaisseur de la mousse du fond de cuve va faire descendre la position de la cuve, si votre tank à lait est muni d’un couvercle, il faudra quelque chose pour tenir la cuve au dessus du support, sinon, le couvercle ne s’ajustera plus correctement.
  • D’une manière générale le mélangeur d’un tank à lait fera votre affaire en tant que vagueur de votre cuve matière (vitessse : 39 tours minutes)
  • Le couvercle de votre tank à lait peut comporter un doigt de gant de la taille de la profondeur de la cuve : à conserver pour vos sondes de température.
  • Même en très bon état, il existe une fine pellicule de calcium sur les parois de votre cuve qui ne resistera pas à un acide (chlorhydrique dilué, avec des GANTS), et ensuite un nettoyage à l’aide d’un alcalin pour parfaire votre hygiène (enfin , l’hygiène de la cuve, pas VOTRE hygiène)
  • Certains réussissent à garder l’isolation des parois verticales, seul la mousse du fond est dégagée pour le bruleur. Technique à étudier, mais je crains que la température ne finisse par faire fondre le polyuréthane, d’ou dégagement de fumées toxiques... A voir.

Le tank à lait est apparemment la base idéal pour le brasseur qui veut construire une brasserie à bas cout. L’effort d’adaptation est conséquent, mais le résultat est là. Cuve matière, cuve filtre, cuve de resucrage, cuve de whirlpool, bache à eau chaude... En brasserie, les contenants en inox de grandes capacités sont nécessaires, et le tank à lait, moyennant reflexion et huile de coude, se trouve être un candidat idéal au recyclage brassicole.